Nous commencerons cette étude en
démystifiant des légendes non fondées :
"Si l'on distribue des
coquilles d'oeufs, la poule mange ensuite ses oeufs."
Grossière erreur, la poule et le coq ont un grand respect pour
leurs oeufs, un oeuf n'est pas une nourriture pour l'humain, pour
eux, ceci représente la continuité de l'espèce,
la vie, c'est sacré.
Un oeuf imparfait, soit poreux, coquille trop mince ou
présentant une micro-fissure, qu'un humain ne peut voir
à l'oeil nu, la poule sait que cet oeuf ne permettra pas le
développement d'un poussin, alors elle met un coup de bec
dessus, pour s'assurer de sa solidité, s'il casse et comme
rien ne doit se perdre dans la nature, elle le mange.
Dans de tels cas, il faut au contraire donner de la coquille d'oeuf
séchée, brisée finement, de la coquille
d'huître, ainsi que des éléments contenant du
calcium.
"Si
un oeuf est bloqué, il suffit de presser l'abdomen pour le
casser"
Faux : L'oeuf ne se trouve pas dans l'abdomen mais dans l'oviducte
qui longe le dessous de la colonne vertébrale,
protégé sur toute sa longueur par les côtes, ce
que l'on peut sentir au bas de l'abdomen et qui ressemble à la
forme d'un oeuf est le gésier.
"Il
est dangereux de manger un oeuf qui vient d'être
pondu"
Faux : Plus un oeuf est frais, meilleur il est.
Cette légende provient d'agriculteurs qui disaient cela
à leurs enfants, afin qu'ils n'aillent pas gober les oeufs
dans les pondoirs au détriment de leurs parents.
"Un
oeuf pondu à Pâques ne pourrit pas"
Un oeuf pondu n'importe quel jour de l'année ne s'abîme
pas, à condition qu'il ne présente pas de fêlure,
ceci parce qu'un oeuf fonctionne sur le principe du "pump down",
c'est à dire que la coquille forme un filtre
moléculaire, aucune bactérie ni virus ne peuvent
pénétrer mais l'eau contenue dans l'oeuf
s'évapore sous forme de vapeur.
Vous pouvez vous-même en faire l'expérience : Pesez un
oeuf et mettez-le dans un endroit sec, progressivement, cet oeuf va
perdre du poids, au bout de plusieurs mois il ne pèsera plus
que le poids de la coquille et des extraits secs.
Par l'absence de bactérie, il ne moisira pas, même au
bout d'un siècle, raison pour laquelle on trouve encore des
oeufs de dinosaures de plus de 150 millions d'années, intacts
et l'on peut récupérer à l'intérieur
l'ADN pour savoir à quelle espèce ils appartenaient.
Anatomie :

Sur cette photo d'autopsie, le foie, les intestins et le gésier ont été enlevés pour découvrir le mécanisme de la ponte, le coeur est tout en haut, contre le sternum.
L'oviducte a été
déplié, en réalité, il longe la colonne
vertébrale en faisant des méandres, il mesure 40cm sur
une Nègre-soie, c'est un organe creux constitué d'une
membrane très élastique, d'un diamètre d'environ
un centimètre de diamètre au repos, il atteint un
diamètre de quatre à cinq centimètre au passage
de l'oeuf.
C'est l'ovaire gauche qui produit les vitellus, (futurs jaunes
d'oeufs), l'ovaire droit est improductif car atrophié.
Les vitellus produits sont minuscules, ils croissent progressivement,
lorsqu'un vitellus est à maturité, il est "gobé"
par le pavillon de l'oviducte, la fabrication prend en moyenne 20h00,
chez certaines poules ce délai est plus court, chez d'autres
il est plus long, ce qui provoque des décalages
journaliers.
Le vitellus devenu jaune est entouré d'une fine membrane, il
contient l'ovule et un spermatozoïde, s'il a été
fécondé, à ce stade, le sexe du futur poussin
est déjà défini.
Le jaune commence sa progression dans l'oviducte, en premier, ce sont
les membranes coquillières qui vont entourer le jaune, puis de
l'eau très pure est injectée en percutané,
suivit d'une matière visqueuse, le blanc, (albumen), qui
contient également les anticorps maternels, à ce stade,
le futur oeuf a augmenté de volume et possède sa forme
définitive, il glisse alors dans l'avant dernier segment de
l'oviducte, l'utérus, qui se trouve près du croupion,
(muscle charnu qui supporte les plumes de la queue), c'est à
cet endroit qu'il y a injection du carbonate de calcium, qui en se
cristallisant sur la membrane coquillière va former la
coquille dure, ensuite, l'oeuf fini descend dans le vagin où
il recevra une couche de vernis, (la cuticule), qui donnera la
couleur définitive de l'oeuf et apportera une protection
à la coquille.
Une fois pondu, la poule reste au-dessus de son oeuf, sans le
toucher, pour permettre à la cuticule de sécher ce qui
est très rapide.
Sur la photo, plus bas, l'adjonction de carbonate s'est
arrêtée, l'oeuf est alors rugueux et ne peut plus
progresser.
La poule a fait de longs efforts musculaires, pour évacuer son
oeuf, ce qui a provoqué l'arrêt du coeur.
Ceci peut également arriver avec une absence totale de
coquille car l'oeuf est élastique et suit les mouvements des
muscles abdominaux.
Possibilité pour pallier à cette pathologie : Donner un
décontractant bien spécifique qui n'a pas d'incidence
sur le système nerveux central et qui permettra à
l'oeuf de descendre par simple gravité.
Notons également les oeufs difformes et
ceux démesurés, contenant deux jaunes, parfois trois,
il est alors très difficile pour la poule de faire sortir un
oeuf pouvant faire le double du poids d'un oeuf normal, si elle y
parvient, il y a généralement accompagnement d'un
saignement par rupture de l'anus.

Extraction d'un oeuf bloqué dans
l'utérus, on remarque le dépôt partiel de
carbonate donnant cette rugosité, empêchant la
progression, on remarquera également que c'est le
côté pointu de l'oeuf qui sort en premier.
Le système de reproduction par l'oeuf
est de loin le plus performant.
Du vitellus au poussin, la nature a prévu une protection sophistiquée, chez les insectes il est pratiquement impossible de détruire leurs oeufs avec des produits insecticides.
A l'intérieur de la poule, nous avons vu que le cheminement de l'oeuf se faisait à l'endroit le moins vulnérable : Sous la colonne vertébrale et protégé par les côtes mais il y a un revers : S'il s'agit d'une ponte interne par déficience, par exemple tumeur sur l'ovaire ou occlusion de l'oviducte nous ne pouvons opérer, pour cela, il faudrait enlever la majorité des organes abdominaux pour atteindre l'oviducte et de toutes les manières, la membrane est trop fine pour envisager une suture.
Par ce mécanisme fabuleux, nous nous
devons de respecter l'oeuf, c'est un travail énorme pour la
poule.
Les photos sont la
propriété de John Clickman et Stauk Meyer, diffusion
interdite sans autorisation.
Les membres de SOS Gallinacés peuvent retrouver l'étude complète sur la ponte, en cliquant ici.