
Vue schématique du tractus alimentaire des
gallinacés.
Les aliments passent dans le jabot par le gosier et l'oesophage
primaire.
Le jabot est un sac de stockage situé à l'avant de la
poitrine, sur le côté droit, les aliments y stagnent et
ramollissent par l'action de la salive et des enzymes,
diffusés par sept paires de glandes salivaires.
Par l'action des muscles de la poitrine, les aliments vont atteindre
le proventricule par l'oesophage secondaire, cet organe injecte des
acides qui vont faire une pré-digestion, c'est l'estomac
chimique.
Les aliments atteignent ensuite le gésier, c'est l'estomac
mécanique, constitué de puissants muscles et d'un
revêtement interne en Kératine.
Les gallinacés avalent des gravillons à plusieurs
arrêtes, non tranchantes, pour faciliter le broyage des
aliments très durs; lorsque les gravillons sont usés,
ils sont rejetés.
Les aliments préparés par ces trois organes atteignent
ensuite l'intestin, qui, sur toute sa longueur, va assurer la
digestion, chaque segment puisera les éléments
indispensables à la vie.
L'indigestion peut être
provoquée par différentes pathologies :
Lors de la maladie tumorale, causée par une alimentation
à base de granulés chimiques, les tumeurs intestinales
bloquent le tractus.
Lorsqu'un corps fait obstacle,
nous avons autopsié des poules ayant avalé des
escargots entiers, dans ce cas, la coquille de l'escargot obstrue
l'embouchure de l'oesophage secondaire.
Une rondelle de carotte, même cuite, peut former clapet
à la sortie du jabot.
Une poule trop goulue, en couvaison : Si l'aliment est très appétant, elle en mange trop et très vite, il y a alors élévation brutale de la température interne et le coeur lâche.
La capillariose : Vers fins qui
restent fichés dans la muqueuse du jabot et qui
détournent les protéines à leur profit.
On définit cette pathologie assez facilement car le jabot est
disproportionné mais mou, trop de liquide et production de
gaz, souvent accompagné de régurgitations.
Ascaridiose, amas de vers de l'oesophage secondaire au proventricule.
Dans ces quelques cas provoquant un blocage digestif, l'animal continu de manger car sa faim n'est pas assouvit.
Le plus grave est que si les
aliments ne passent plus, la boisson non plus.
Les gallinacés sont dépourvus de vessie, les deux reins
à trois lobes chacun, rejettent l'urine par le cloaque par
deux uretères.
Si la valeur de l'eau contenue dans le corps s'abaisse, le sang se
charge en toxines et c'est la mort par déshydratation.
Etude d'un cas hypertrophique du jabot.
La poule nommée Cocotte,
une Cayenne, nous est apportée, avec un jabot de la taille
d'un pamplemousse :

Masse dure, impossible
d'employer la pompe à vide tubulaire, intervention
chirurgicale obligatoire.
Hors de question de faire une anesthésie
générale, comme il est dit plus haut, les risques de
saturation sanguins sont grands, soit, anesthésie locale de la
peau et de la muqueuse du jabot.
Incision longitudinale de 3cm
en évitant l'artère.

Extraction d'un volume impressionnant de matière,
constituée en majorité d'herbes trop longues
s'étant enchevêtrées, formant comme un nid, odeur
de décomposition.
Impossibilité d'inciser davantage, il a fallut extraire paquet
par paquet, puis terminer par plusieurs lavages à l'aide d'une
grosse seringue et de l'eau tiède, temps de l'intervention :
1h15, ce qui est limite car il faut remettre plusieurs fois de
l'anesthésiant et fatalement il en passe toujours un peu dans
le sang, surveiller constamment l'animal pour ne pas qu'il s'endorme
et insuffler régulièrement de l'oxygène mais pas
trop, au risque d'une sur-oxygénation sanguine.
Poids de Cocotte : 950g, poids de la masse enlevée : 262g, soit, près du quart du poids de Cocotte.
Suture simple en point de
croix, en veillant à ce qu'il n'y ait pas de fuite
possible.
Application d'un antiseptique cutané.
Un pansement adhésif n'est pas possible sur cette
région : Compresse et bandage mais pas trop
serré.
Et voila notre Cocotte debout
:

Quatre heures trente après l'opération, Cocotte a pu
manger de la salade et du maïs cuit, coupés en petits
morceaux, c'est à dire des aliments contenant de l'eau car
hors de question de la laisser boire avant le lendemain.
Surveillance plusieurs fois dans la nuit.

Le temps de l'intervention étant très long, nous n'avons pas pu poursuivre plus loin pour déterminer la cause de cette indigestion.
Nous supposons que si Cocotte a avalé autant d'herbes, elle cherchait à se nettoyer de quelque chose, très certainement de vers, nous lui avons de ce fait administré un traitement vermifuge.
72h00 après
l'opération :

La bande est enlevée, il ne reste que la compresse qui a un
peu collé, que va t'on trouver dessous ? Il y a toujours une
petite appréhension :
Malgré le soin apporté pour la meilleure asepsie
possible, personne n'est à l'abri d'une surinfection, les
plumes peuvent supporter poussière et bactéries, on ne
peut pas raser comme on le fait pour un animal à fourrure.
On ne peut pas laisser un gallinacé sans plume en attendant la
prochaine mue !
Mais non, tout va bien !

La peau est saine, remarquable cicatrisation des gallinacés,
il ne reste qu'à enlever les fils, il ne faut pas attendre, au
risque d'une inclusion, il est d'ailleurs préférable de
terminer la suture par une boucle.

Septième jour : A fond la forme ! Cocotte a pris cent
cinquante grammes, c'est correct, il ne s'agirait pas d'avoir une
seconde indigestion en étant trop goulue pour rattraper le
manque alimentaire.

Jour du départ, 28/10/07, Cocotte va pouvoir retrouver ses
maîtres, son coq, son environnement.
Dans un sens, c'est notre plus belle récompense, de l'autre,
il y a toujours un pincement au coeur, parce qu'il ne faut pas se
faire d'illusions, lorsque nous opérons, ce n'est pas le
scalpel et les instruments de chirurgie que nous avons en main mais
la vie d'un animal.
Et une vie, c'est ce qu'il y a de plus important, c'est
irremplaçable.